Indes décembre 2019

Indes décembre 2019

Prêts pour le décalage?

Terres d'Indes. La moiteur qui s'empare de nos corps et la pesanteur de l'air. Ailleurs. Odeurs de jasmin et d'épices mêlés à ceux des pots d'échappement, des détritus, de l'eau iodée. Stupeur. Des règles de circulation invisibles, les scooters frôlent les vélos frôlent les voitures frôlent les piétons. Effarement. Les vaches les chiens les chats errent et dorment, mangent côte à côte avec les hommes. Les pieds nus sur ce sol de la rue, des temples, des ashrams. Silences de la méditation de la prière et assourdissement des klaxons, de la musique. Comme un tournis un étourdissement. Nos corps s'habituent peu à peu aux sons aux odeurs aux rythmes. Nos sens choisissent et effacent un peu du trop pour poursuivre l'exploration. Nous sommes étrangers. Les regards sur nos corps nous le rappellent. Cependant un sentiment confus d'appartenir à la danse de la foule prend place. Nos pas et nos visages s'inscrivent dans ce nouveau décor. Le bizarre s'inverse. Et si nous étions nés ici? Nos propres habitudes se révèlent soudainement intrigantes et les coutumes environnantes font sens. Manger à la main. Monter en famille sur un même scooter. Dormir dans un espace public. Honorer les bêtes et les plantes pour leur présence à nos côtés. Nous nous surprenons même à dodeliner de la tête pour nous exprimer au delà des mots. Nos yeux rient dans ces rencontres furtives. Les espaces s'ouvrent. Pourquoi ne pas sourire davantage? Se vêtir en couleurs. Marcher pieds nus. Méditer plus souvent?
Faut -il partir si loin de chez soi pour s'octroyer davantage de latitudes d'être? Se souvenir que chaque acte est un choix parmi tous les possibles? Que les règles ne sont que celles communément appliquées par une communauté? Faut il s'éloigner ainsi de son centre pour ouvrir plus grands ses yeux sa pensée ses bras? On se sent étonnamment plus proches de ces hommes avec leurs différences visibles. Moins de nécessité d'affirmer notre particularité. Libérés de nos besoins de nous affirmer, nos corps déployant une assurance simple et saine. Être, ici. Et mangeant côte à côte les mêmes mets, on se trouve soudain pris d'un même regard; partageant la vie et le coeur de la terre qui bat. Ainsi serait il bon de revenir chez nous: ouvert à rencontrer chaque autre comme si différent, si semblable, si , si spécial.

Jérôme et Kathleen, Inde du Sud, décembre 2019

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